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A L’AMI TROP TOT DISPARU



« Il y a tant à faire et on a fait si peu »
Je me surprends à chuchoter ces mots de Tennyson, tétanisé par la nouvelle de ta disparition tragique. De Cotonou où je suis venu passer quelques jours après avoir tous les deux été consumé par ce dialogue politique dont l’application des résolutions est plus que jamais hypothétique, je te revois encore dans l’hémicycle, ferraillant et pestant contre la bêtise. Nous sommes allés en bas prendre un pot pour discuter de la meilleure manière de faire avancer les choses. Mais je t’avais trouvé amaigri, comme absent. Comme si, déjà, la mort avait commencé à déployer ses ailes noires. Je ne savais pas encore que ces moments partagés étaient les derniers.

La mort. Sur une route de notre cher pays. Cette mort si présente dans ce combat noble qui était le tien, cette mort si souvent brandie, mais si souvent toisée par la force de tes convictions et la claire conscience de ne plus s’appartenir, mais d’appartenir à son pays.

J’ai encore en mémoire ces mots prémonitoires, lorsque, avec Leonard Sonny et quelques uns, nous avions passé la journée à la SRI, quand tu fus arrêté pour « obstruction au cortège présidentiel ». « Il n y a que la mort pour me faire taire ». Mais pour une fois, tu avais tort, Cher ami. La mort ne pourra jamais te faire taire, car plus que jamais, l’absence éternelle créant le vide, ta voix restera gravée à jamais dans la conscience collective de ce peuple que tu aimas tant. Elle raisonnera partout il y aura injustice. Et ce peuple orphelin, chaque fois qu’il sera martyrisé, il criera « Ah, si Goungaye avait été là ». Tu seras pour toujours l’icône de notre lutte à tous, comme Boganda est éternel.

Tu étais le visage de la rigueur et d’une certaine fierté d’être centrafricain. Tu étais entré dans le militantisme comme on entre en religion, ce qui traduit bien l’état d’esprit du séminariste que tu fus. Je n’avais qu’admiration pour tant d’exigence d’abord vis-à-vis de soi, d’une hygiène de vie remarquable à tous égards.

Ton départ me pousse à explorer des profondeurs que j’avais jusque là soigneusement évitées, l’insignifiance des choses, la fragilité de la vie, l’à- quoi- bon. Oui, je l’avoue, ce soir, je suis mélancolique. Je sais ce qu’il en coûtera à mon pays. Ta disparition complique un peu plus le combat de ceux qui veulent transformer notre pays. Dans mes moments de doute, tu étais celui dont l’exemplarité du combat et de la vie me permettait de remonter la pente.

Mais, c’est promis, le choc passé, le combat continuera. Parce que tu nous as montré le chemin, nous ne pouvons que nous en montrer digne.

Je sais. Je sais que cette mort qui t’a aujourd’hui arraché à ta famille, à tes amis, à ton pays, tu l’as encore toisée, au moment où il t’a enveloppé dans ses ailes, de ce regard sans mépris mais de fierté dont tu avais le secret. Cette seule idée me rend davantage fier de toi.
Adieu cher ami, la patrie t’est reconnaissante. A jamais.

Ton ami, Crépin Mboli-Goumba

Mercredi 31 Décembre 2008
Crépin Mboli-Goumba

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